Vivre les émotions avec son corps

Vivre les émotions avec son corps

Une des leçons les plus importantes que j’ai appris ces dernières années concerne les émotions.

 J’ai compris que lorsque je vis une émotion “négative”, plus je veux la faire disparaître, plus elle devient puissante, présente, tenace. Finalement, la solution est assez simple: l‘accueillir au lieu de se battre contre elle.

Mais.

 “Facile à dire”, vous pensez probablement, “mais comment exactement je dois m’y prendre?”  .

Car quand aux émotions que l’on a l’habitude de nommer „négatives“ ( la colère, la peur, le désespoir…) personne ne nous apprend comment ni les gérer (attention gérer ne veut pas dire supprimer), ni les utiliser pour grandir, pour mieux nous connaître et nous épanouir.

Les émotions ont leur raison d’être.

 Du point de vue évolutionnaire, elles sont plus anciennes que notre ratio, notre intellect. C’est un système de navigation mis au point par la nature depuis des millénaires qui nous aide à survivre, à naviguer dans toutes sortes de situations. Les émotions sont là avant même que votre intellect ait eu le temps de commencer à analyser la situation et vous proposer des solutions. 

Nous connaissons tous la sensation dans nos tripes qui nous dit “ça oui, ça non” ou “danger!!”. Seulement, on vit dans une société qui prône le contrôle (de soi, de l’autre, de la nature) et qui, depuis notre enfance nous désensibilise aux signaux qui proviennent de notre corps et de notre coeur. On est parfois tellement coupés de nos corps qu’on ne sait plus percevoir cette petit voix qui est pourtant toujours là. Ou alors, si nous l’entendons nous ne lui faisons pas confiance. Parce que plus souvent que non nous croyons que nous devons pouvoir tout expliquer rationnellement.

Quand aux émotions puissantes et jugées négatives, chacune contient en elle une précieuse information. Les émotions puissantes et les moments où on craque ne sont qu’un signal qu’on s’est (encore) oublié quelque part sur la route. Qu’on s’est poussé au delà de ses limites énergétiques. Qu’on a un besoin qui n’a pas été adressé ou reconnu.Commencez par apprendre à considérer chaque émotion comme un allié et non comme quelque chose d’indésirable.

7 étapes pour travailler avec une émotion „négative“

 Accueillir les émotions ne veut pas dire qu’elle vont toute de suite partir ou diminuer de puissance. Au contraire, parfois elles vont vous submerger. Et non, ce n’est pas toujours gai à vivre. En plus, dans notre société qui préfère la maîtrise de soi afin de ne pas “déranger”, cela demande un peu de courage. 

  1. Observez l’émotion 
  2. Donnez un nom à l’émotion
  3. Respirez
  4. Scannez les sensations dans votre corps
  5. Sentez ce que votre corps aurait besoin de faire et faites le! Redevenez comme un enfant.
  6. Soyez douce et bienveillante avec vous-même
  7. Décodez le message de vos émotions 
  8. Prenez soin de vous

1. Observez l’émotion 

Quand une émotion puissante se déclenche en vous et que vous sentez que vous commencez à perdre pied, essayez de la regarder comme une vague qui se lève en vous. Essayez de vous mettre dans la position de l’observateur de soi avec une partie de votre attention. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces quelques secondes d’introspection vous permettront de reprendre contact avec vous-mêmes et être moins dans la réactivité, moins à la mercie de cette émotion.

2. Donnez un nom à l’émotion

Je me sens fâchée…je me sens désespérée/perdue/blessée… Cela vous permet de mieux vous orienter dans ce qui se passe. 

3. Respirez

Les méthodes les plus efficaces sont souvent les plus simples. Respirez quelques fois profondément, consciemment. 

Encore une technique pour entrer rapidement en contact avec ce qui est là et maintenant. Cela empêche ou au moins atténue le mental qui commence tout de suit à s’emballer et crée un tourbillon de pensées qui nourrissent et amplifient les scénarios noirs, les accusations, l’envie d’attaquer l’autre…

4. Scannez les sensations dans votre corps

J’essaie toujours de faire un rapide scan de mon corps et localiser les différents ressentis (par exemple je sens ma nuque tendu ou ma gorge serrée, une pression sur la poitrine, la chaleur qui monte dans mes joues…) Cela ne prend que quelques instants et vous pourrez ensuite mieux canaliser l’émotion car cela détourne l’attention de votre mental “emballé” et vous ramène directement dans votre corps. Car à ce stade, le but ce n’est pas de comprendre le “pourquoi” mais d’entrer pleinement en contact avec ce qu’on vit sur le coup. L’analyse viendra plus tard. 

5. Sentez ce que votre corps aurait besoin de faire et faites le! Redevenez comme un enfant.

Laissez le cours libre à ce qui vous habite (toujours de manière qui ne blesse ni vous ni l’autre). Vous sentez une envie de pleurer, une envie de frapper, une envie de vous effondrer, de crier, de gémir…faites le.

Je suis bien consciente que s’autoriser à vivre quelque chose qui risque de nous submerger peut faire peur. Car on a l’impression de perdre contrôle. On a peur du ridicule, d’être trop, d’être jugée, rejetée, humiliée… Depuis tout petit et à maintes reprises nous avons tous été conditionnés à se contrôler, à ne pas  “faire un spectacle”, à ne pas déranger avec nos manifestations émotionnels…

Mais avez vous déjà observé un petit enfant saisi par la colère ou le chagrin? Son corps entier bouge et montre ce qu’il vit à l‘intérieur. Il met aucun filtre. C’est intense et pour beaucoup d’adultes inconfortable à témoigner (si on ne sait pas accueillir les émotions chez soi, comment peut-on savoir le faire chez l’autre?). 

Ainsi, ce genre d’émotions “négatives” passent très vite et la vie reprend sans que l’enfant soit encombré par quelque chose qui serait resté étouffé au fond de lui. Il en est de même pour les animaux. Ils ne gardent rien en eux et du coup ils ne passent pas des jours, des semaines à ressasser la même chose en boucle. Toute tension, le stress, bref tout ce qui pourrait encombrer leur système nerveux est évacué aussitôt.

Comment faire cela de manière qui est sans danger et respectueuse pour ceux autour de mois? 

Personnellement, je pleure, je crie, je frappe des pieds, je donne des coups de poings dans un oreiller, je fais des grimaces, je dessine furieusement des gribouillis, je déchire un vieux journal, je dis des jurons, je crache, je m’effondre, je m’abandonne aux sanglots, je danse des danses endiablés … (pas tout en même temps…quoique parfois 😉 )

Quand je suis toute seule, je me lâche à fond. Quand mes enfants ou mon mari sont là, certaines choses je fais devant eux, comme par exemple un peu de” shaking” (me secouer vigoureusement), taper dans un oreiller ou faire une grimace. Qu’ils me voient ne me dérange pas – au moins, me dis-je, je leur enseigne une bonne gestion des émotions. Parfois, surtout avec les enfants, ça devient rigolo et m’aide à dédramatiser la situation.

Et si l’émotion est vraiment puissante je me sauve dans la chambre à coucher, la salle de bain, le garage ou dehors. 

Quand je suis dans un endroit public, je vais aux toilettes et je fais une version muette de tout ce que j’ai envie de faire. J’utilise beaucoup mon imagination, les grimaces et les gestes étant mes meilleurs alliés en ces moments-là (je m’imagine que je crie, que je me roule par terre, que je gifle quelqu’un etc.).

6. Soyez douce et bienveillante avec vous-même

Soyez prête à ce que la voix critique dans votre tête vous juge, surtout au début. Elle va sortir toute sa gamme habituelle qu’elle utilise pour vous culpabiliser, rabaisser, humilier, gronder. Dites vous juste “Mon critique parle, d’accord. Mais je ne suis pas obligée d’y prêter plus d’attention que ça.”

Remerciez la sagesse de votre corps et ses mécanismes qui sont là, à votre disposition. Grâce à eux, vous évacuez le stress et les tensions qui, autrement, iraient se loger quelque part dans votre corps en forme de blocage, tension, douleur. En extériorisant vos émotions de manière positive, vous préserve une bonne santé physique et mentale.

 7. Décodez le message de vos émotions

On y arrive. L’analyse, c’est seulement maintenant. Et vous allez pouvoir constater que la différence est énorme par rapport à vouloir analyser et tout comprendre lorsque vous êtes au sommet de votre vague émotionnelle.

Prenez toujours le temps pour comprendre ce que l’émotion vous communique. Vos émotions sont des indicateurs – suivez donc la direction dans laquelle elles vous dirigent.  “Je me sens comme cela parce que j’ai l’impression que…” “Cela éveille en moi…” Et identifiez le besoin caché derrière: “J’ai besoin de…” Trouvez ce qu’il faut adresser, reconnaître, nourrir ou soigner.

7. Prenez soin de vous.

Laissez le processus d’achever, accordez-vous un instant de pause, de détente complète. Faites un geste bienveillant envers vous-même. Vous venez de faire un énorme bout de travail, il faut maintenant un peu de temps pour que les choses décantent et les solutions se cristallisent. 

Personnellement, lorsque ce processus est vraiment fort je m’accorde un petit plaisir en forme d’une tasse de tisane que je bois tranquillement sur la terrasse, une mini balade en solo, 20 minutes de piano ou de lecture au coin du feu. Ou je m’allonge, emballée dans une couverture et je cocoone pendant un petit moment.

 Deux notes pour clôturer

 L’émotion peut changer, se transformer.

Observez-le, laissez les vagues émotionnelles se déployer en vous. Il m’arrive de commencer par un mécontentement, qui s’intensifie et devient une rage qui ensuite se transforme en chagrin, des larmes et pour clôturer cela devient une sensation d résignation. A chaque stade, mon corps a besoin de faire un autre geste, mouvement, position ou grimace. Je me laisse guider je ne lutte pas contre. La détente arrive alors beaucoup plus vite.

Permettez vous de vivre les émotions mais en même temps il est important d’en prendre la responsabilité entière. 

Oui, il vous arrivera de ne pas savoir gérer exactement comme vous voudriez. Parfois, je n’arrive pas attraper à temps un mot blessant ou un geste furieux envers l’autre. Ils sortent de moi avant que je puisse faire quoi que ce soit. Mais cela devient de plus en plus rare. La gestion des émotions est une capacité que l’on peut apprendre et cultiver.  

Fini les phrases du style “C’est à cause de toi …, C’est toi qui m’a rendu…”  Les personnes qui déclenchent en nous les réactions émotionnelles fortes ne font que faire ressortir de nous ce qu’il doit être vu, adressé et guéri. Elles nous aident à grandir.

En fin de compte, le choix de ma réaction me revient. Soit je me retourne contre l’autre et j’accuse, je blesse, je fais du chantage émotionnel et je reste donc dans l’énergie de la victime.

Ou alors j’accepte que je suis responsable de ce que je fais et dis. Même dans les états émotionnels très déchirants. 

Acceptez que vous êtes aussi cela: imparfaite, blessante ou jugeante parce que sur le coup vous ne saviez pas faire autrement. Vous essayerez de faire mieux la fois suivante.

Communiquez à l’autre le fait que vous assumez la responsabilité de vos réactions. Je vais toujours m’excuser, ajouter un geste bienveillant et une brève explication. Ainsi je soigne la relation, mais, en fin de compte, c’est moi-même que je soigne. Chaque fois un peu plus, jusqu’au jour où certaines choses arrêtent de me faire réagir, où je sais demeurer posée, ancrée, au centre de moi-même même au milieu des grands défis émotionnels.

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